Le silence

Un jour, à cette heure où le soleil se meurt à l’horizon, s’en vint la plus curieuse des choses que j’eusse rencontrée. Il se fit d’abord discret, tapi sous un meuble d’un bois blanc qui n’était pas sans rappeler l’ivoire que l’on vole aux éléphants. Il est un cher ami, bien plus fidèle qu’une meute de chiens. Il est ceux que j’ai espérés, ceux que j’ai tant attendus en vain. L’absolu de l’assourdissement, encore.

La figure scindée de deux trous béants s’ouvrant sur le vide le plus expressif que vous croiserez en une éternité et la bouche semblable à une tache d’encre bien plus grotesque que toute cette curieuse matérialisation, il n’était qu’absurde et ombre. Noir, gris et rougeâtre au creux de son ventre affamé de bruit. L’absolu de l’assourdissement, encore.

Je tendais une main timide, trop frêle pour supporter un quelconque poids, trop frêle pour le monde des vivants. Il se redressa sur ses deux jambes arquées, terminant par une pointe acérée qui jamais ne transperce le sol. Je fus saisie d’une curiosité nouvelle, d’une soif de découvrir plus encore ce stupéfiant visiteur. L’absolu de l’assourdissement, encore.

J’avançai d’un pas, à la fois terrifiante de résolution et résolument terrifiée. Un bruit brisa l’atmosphère d’un claquement sec alors que j’allai saisir mon ami de toujours, celui que j’avais jusqu’à cet instant ignoré et caché au plus profond de mon cœur. Le regard courroucé dans le plus immense des vides, il me fixa sans bouger. L’absolu de l’assourdissement, encore.

« Parle, je t’en supplie » soufflai-je en effleurant l’ombre qui se cacha au premier de mes mots maladroits. Faut-il être naïve pour attendre un quelconque bruit de la part du silence ? Las, j’étais et je suis toujours ainsi. Faut-il être portée par un espoir dévorant pour croire en sa parole ? L’absolu de l’assourdissement, encore.

Lentement, il revint à mes côtés, ne sachant que faire de ses grands bras ridicules. Alors, il les croisa et regarda par la fenêtre où je vis l’Autre Côté fermer les yeux sur une réalité qui dépasse les frontières de notre imaginaire. Soudain, il hurla. Il hurla si fort que mes tympans en furent percés sur le coup. L’absolu de l’assourdissement, encore.

Jetée au sol par la puissance redoutable de ce cri qui ne peut avoir de nom tant nos mots ne sont rien face à sa force, je réalisai que plus jamais je n’entendrai le monde. J’étais sourde, condamnée à être la compagne du silence pour l’éternité. L’absolu de l’assourdissement, à jamais.

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